Visiter Sarajevo, c’est passer en dix minutes de marche d’un bazar ottoman du XVe siècle à des façades austro-hongroises, puis tomber sur des traces d’obus au milieu d’un trottoir. La capitale de la Bosnie-Herzégovine se visite très bien en deux ou trois jours. Et elle demande un peu de préparation pour comprendre ce qu’on y voit, surtout la période du siège, d’avril 1992 à février 1996.
Que voir dans la vieille ville de Sarajevo ?
Tout commence à Baščaršija, le vieux quartier marchand. La ville a été fondée par les Ottomans en 1461, et ce bazar s’est construit autour des fondations pieuses de ses premiers gouverneurs. Ruelles pavées, échoppes de dinandiers dans la rue Kazandžiluk, odeur de café turc et de grillades : c’est ici que tu passeras le plus de temps, et c’est aussi ici que se mangent les ćevapi, ces petites saucisses de viande grillée servies dans un pain plat.
Au milieu de la place, la fontaine en bois du Sebilj sert de point de rendez-vous à tout le monde. Une légende locale dit que celui qui boit à ses robinets reviendra à Sarajevo. Bon, ça ne coûte rien d’essayer.
À deux pas, la mosquée Gazi Husrev-beg, bâtie en 1530 par le gouverneur du même nom, reste le monument ottoman le plus important du pays. Il suffit ensuite de remonter la rue Ferhadija pour comprendre le surnom de « Jérusalem de l’Europe ». Mosquée, ancienne synagogue séfarade, vieille église orthodoxe et cathédrale catholique tiennent dans un rayon de quelques centaines de mètres. Sur le même axe brûle la flamme éternelle, un mémorial aux victimes de la Seconde Guerre mondiale.
Que reste-t-il de l’époque austro-hongroise ?
Beaucoup de choses, et le contraste avec le bazar saute aux yeux. En 1878, l’Autriche-Hongrie prend le contrôle de la Bosnie et la ville se couvre d’immeubles à la viennoise, juste à côté des minarets.
Le symbole de cette période, c’est la Vijećnica, l’ancien hôtel de ville. Alexander Wittek l’a dessinée dans un style pseudo-mauresque, en s’inspirant de monuments du Caire, et elle a été inaugurée le 20 avril 1896. Son grand hall coiffé d’un dôme de verre se visite, et rien que la façade vaut l’arrêt.
Le 28 juin 1914, l’archiduc François-Ferdinand et son épouse Sophie y sont reçus en grande pompe. Quelques instants plus tard, Gavrilo Princip les abat près du pont Latin, sur la rivière Miljacka. Un mois après, l’Europe bascule dans la Première Guerre mondiale. Le musée Sarajevo 1878-1918, au bout du pont, raconte cet épisode et la vie de la ville sous l’administration autrichienne.
Comment comprendre le siège de Sarajevo (1992-1996) ?
Le siège commence le 5 avril 1992 et dure jusqu’en février 1996. Les forces serbes de Bosnie encerclent la ville et la bombardent depuis les collines. Environ 350 000 habitants vivent alors sous les tirs d’artillerie et des snipers.
Le bilan donné chaque année lors des commémorations est de 11 541 habitants tués, dont plus de 1 600 enfants. Le 5 février 1994, un obus tue 68 personnes au marché de Markale, que tu croiseras dans le centre. On le présente souvent comme le plus long siège d’une capitale de l’histoire moderne. Plusieurs responsables militaires et politiques ont été condamnés pour ces crimes par la justice pénale internationale, dont Radovan Karadžić et Ratko Mladić à la prison à vie.
Sur place, ces années se lisent partout.
Dans la nuit du 25 au 26 août 1992, la Vijećnica, devenue entre-temps la Bibliothèque nationale et universitaire, est touchée par des obus incendiaires. Environ deux millions de livres, revues et documents partent en fumée. Restaurée pendant presque vingt ans, elle a rouvert le 9 mai 2014. Sur les trottoirs, cherche aussi les « roses de Sarajevo » : des impacts d’obus remplis de résine rouge à l’endroit où des gens ont été tués.
Notre conseil : aborde ces lieux comme des lieux de deuil, ce qu’ils sont encore pour beaucoup d’habitants. Évite les selfies tout sourire devant les roses, et garde tes avis politiques pour toi. Le Quai d’Orsay recommande d’ailleurs de ne pas prendre position publiquement sur ces sujets, encore sensibles.
Comment visiter le tunnel de l’espoir ?
C’est la visite la plus forte du séjour, mais elle se fait loin du centre, dans le quartier de Butmir, près de l’aéroport. Pendant le siège, l’aéroport était tenu par les Nations unies et coupait la ville du territoire libre au pied du mont Igman. Les assiégés ont donc creusé dessous.
Le tunnel, achevé fin juillet 1993, relie Dobrinja à Butmir sur environ 800 mètres, pour un mètre de large et 1,60 m de haut. Il a été creusé à la main par des équipes qui se relayaient sous les bombardements. Par là passaient la nourriture, les blessés, les armes, mais aussi des câbles électriques, une conduite de carburant et des lignes téléphoniques.
Le musée occupe la maison de la famille Kolar, d’où partait l’une des entrées, et elle porte encore les impacts. Tu y vois des objets de l’époque, un film sur le chantier, et tu peux parcourir une portion d’environ 25 mètres du tunnel. Pour y aller, prends le tram jusqu’au terminus d’Ilidža puis un bus vers Butmir, ou réserve un taxi pour l’aller-retour, plus simple si tu as peu de temps.
Quels autres lieux de mémoire voir à Sarajevo ?
Si tu ne devais en garder qu’un en plus du tunnel, choisis le musée de l’Enfance en guerre (War Childhood Museum), rue Logavina. Il raconte le conflit à travers des objets confiés par des personnes qui étaient enfants à l’époque : un jouet, un cahier, une lettre. Il a reçu le prix du musée du Conseil de l’Europe en 2018. C’est sobre. Et franchement bouleversant.
Près de la cathédrale, la Galerie 11/07/95 est consacrée au massacre de Srebrenica, commis en juillet 1995 dans l’est du pays.
Pour respirer un peu, monte sur le mont Trebević. Le téléphérique, détruit pendant la guerre, a rouvert en avril 2018. Là-haut, tu trouveras l’ancienne piste de bobsleigh des Jeux olympiques d’hiver de 1984, couverte de graffitis. Reste sur les chemins fréquentés : le canton de Sarajevo fait partie des zones encore partiellement déminées, et la diplomatie française appelle à la vigilance précisément autour de ces anciennes pistes.
Quelles formalités pour aller à Sarajevo ?
La Bosnie-Herzégovine ne fait partie ni de l’Union européenne ni de l’espace Schengen, mais l’entrée reste simple pour les Français. Pas besoin de visa pour un séjour de moins de 90 jours.
- Passeport : il doit être valable encore 3 mois après la date de retour.
- Carte d’identité : acceptée si elle est valide pendant tout le séjour. Attention, les cartes délivrées à des majeurs entre 2004 et 2013 peuvent être refusées, même si la France les considère encore valables. Dans ce cas, prends ton passeport.
- Tampon d’entrée : vérifie qu’il figure bien sur ton passeport, surtout si tu arrives par la route. Sans lui, une amende peut t’être réclamée à la sortie.
- Déclaration à la police : tout étranger qui reste plus de trois jours doit être enregistré dans les 48 heures. À l’hôtel, c’est fait pour toi. En location privée, c’est à toi ou à ton hôte de s’en charger.
- Assurance : prends une assurance qui couvre les frais médicaux et le rapatriement, l’ambassade ne les prendra pas en charge.
Côté argent, on paie en mark convertible (KM), et les distributeurs sont faciles à trouver en ville. Comme dans toute capitale, garde un œil sur ton sac dans les trams, où les vols à la tire existent.
Quand partir à Sarajevo et comment y aller ?
Vise le printemps, l’été ou le début de l’automne. L’hiver a son charme sous la neige, mais de décembre à février Sarajevo subit une des pires pollutions aux particules fines d’Europe, à cause du chauffage au charbon, et le thermomètre peut descendre jusqu’à -25 °C. Le brouillard et la neige empêchent aussi parfois les avions d’atterrir.
Depuis Paris, compte en général une correspondance. Les liaisons les plus fréquentes au départ de Sarajevo desservent Vienne, Munich, Zagreb, Belgrade et Ljubljana. Nous, on prend le train dès que le trajet tient en moins de 6 heures, et pour Sarajevo on en est très loin, donc ce sera l’avion avec un seul bagage cabine. Si tu passes par la Slovénie, profite de l’escale pour découvrir Ljubljana, une capitale à taille humaine.
Sarajevo marche très bien seule pour un long week-end, et si tu cherches d’autres idées de ce format, jette un œil à nos idées de week-end en Europe. Avec une semaine devant toi, tu peux aussi la combiner avec la Croatie voisine : la côte dalmate et ce qu’il y a à faire à Split, ou les lacs de Plitvice en remontant vers le nord. Et si les Balkans te plaisent, notre article sur la sécurité en Albanie t’aidera à préparer la suite.
FAQ
Combien de jours faut-il pour visiter Sarajevo ?
Deux jours pleins suffisent pour la vieille ville, la Vijećnica, le pont Latin et le tunnel de l’espoir. Ajoute une troisième journée pour les musées consacrés à la guerre et le mont Trebević. Avec quatre jours, tu peux faire une excursion à Mostar.
Sarajevo est-elle une ville sûre pour les touristes ?
Oui, le pays est considéré comme globalement sûr par la diplomatie française. Les risques concrets sont la petite délinquance, surtout dans les trams, et les mines hors des zones fréquentées. En ville, reste attentif à tes affaires, et en montagne, ne quitte pas les chemins.
Peut-on aller à Mostar depuis Sarajevo ?
Oui, Mostar et son vieux pont, le Stari most, se visitent depuis Sarajevo en excursion d’une journée, en bus ou en train. Pendant les sauts des plongeurs depuis le pont, surveille bien ton portefeuille, les vols y sont fréquents.
Faut-il un passeport pour aller en Bosnie-Herzégovine ?
Pas forcément, une carte d’identité valide pendant tout le séjour est acceptée. Mais les cartes délivrées à des adultes entre 2004 et 2013 peuvent poser problème à la frontière. Le passeport, valable 3 mois après ton retour, reste l’option la plus sereine.
Sources
- Bosnie-Herzégovine, conseils aux voyageurs (France Diplomatie, ministère de l’Europe et des Affaires étrangères)
- Ratno stradanje (Vijećnica, site officiel de l’hôtel de ville de Sarajevo)



