« Pura vida », au Costa Rica, ça veut dire bonjour, au revoir, ça va, d’accord, super. Une seule formule pour presque tout, et elle est officiellement entrée dans le dictionnaire de l’Académie royale espagnole en 2023, avec la mention Costa Rica. On te raconte d’où elle vient, ce qu’elle dit vraiment du pays, et comment la vivre sur place sans jouer au touriste qui la crie à chaque coin de rue.
Que veut dire « pura vida » exactement ?
Mot à mot, « vie pure ». Mais personne ne la traduit comme ça au quotidien.
Le Diccionario de la lengua española (DLE) lui donne six sens, tous familiers et tous marqués Costa Rica. Une personne « pura vida » est sympa. Une chose « pura vida » est bonne, agréable. Ça peut aussi désigner quelqu’un en bonne santé, vouloir dire « très bien » ou « d’accord ». Et surtout, c’est une formule pour saluer et pour prendre congé.
Concrètement, tu demandes « ¿Cómo estás? », on te répond « pura vida ». Tu remercies le chauffeur, il te lance « pura vida ». Tu proposes un plan, ton interlocuteur valide d’un « pura vida ». Le même mot sert de ponctuation sociale du matin au soir.
Reste à savoir comment une formule aussi passe-partout est devenue un emblème national.
D’où vient l’expression pura vida ?
L’explication la plus solide, reprise par La Nación, le grand quotidien de San José, passe par le cinéma mexicain. En 1955 sort une comédie intitulée Pura vida, réalisée par Gilberto Martínez Solares. L’acteur Antonio Espino, dit Clavillazo, y joue un personnage nommé Melquiades qui répète la formule à tout bout de champ, pour qualifier aussi bien des gens que des choses.
Le film arrive dans les salles de San José en 1956. Les Costaricains reprennent la réplique, puis se l’approprient au point qu’elle devient une marque d’identité nationale. Ironie de l’histoire, une expression vue comme typiquement tica a donc un passeport mexicain. Si la culture populaire de ce pays te parle, notre page sur la culture mexicaine et ses grands sites te donnera de quoi creuser.
La reconnaissance officielle est arrivée bien plus tard. La RAE a annoncé l’entrée de « pura vida » le 28 novembre 2023, dans la version 23.7 du dictionnaire, après une proposition venue du Costa Rica.
Qu’est-ce que le pura vida dit du Costa Rica ?
Une formule ne résume pas un pays. Mais elle dit pas mal de choses sur la façon dont les Costaricains se voient.
D’abord, le goût du mot gentil. Les habitants se surnomment eux-mêmes « ticos », et le DLE explique ce surnom par l’abondance des diminutifs en « -ico » dans le parler local. Un pays qui adoucit ses mots jusqu’à en tirer son propre nom, et qui dit « pura vida » pour dire bonjour, se présente comme un pays aimable. C’est une image qu’il cultive.
Ensuite, un choix politique que le pays met volontiers en avant : le Costa Rica a aboli son armée en 1948, et la Constitution de 1949 a inscrit cette décision dans le marbre. Pour un petit pays d’Amérique centrale, c’est un symbole qui pèse plus lourd qu’un slogan.
Il faut aussi garder les yeux ouverts. « Pura vida » est devenu un outil de marketing. L’Institut costaricien du tourisme (ICT) a même baptisé sa stratégie bien-être « Wellness Pura Vida ». Donc quand tu vois l’expression sur un tee-shirt, un cocktail ou une pancarte d’hôtel, c’est du branding. Rien de mal à ça, mais ce n’est pas une preuve que tout le monde vit zen.
Quel rapport entre le pura vida et la zone bleue de Nicoya ?
Tu liras partout que le pura vida fait vivre les Costaricains plus longtemps. Personne ne l’a démontré, et on ne va pas l’affirmer ici. Ce qui est établi, c’est l’existence d’une zone de longévité dans le nord-ouest du pays.
D’après l’ICT, la zone bleue de Nicoya couvre cinq cantons de la péninsule : Hojancha, Nandayure, Carrillo, Santa Cruz et Nicoya. C’est l’une des cinq zones bleues identifiées dans le monde, avec la Sardaigne, Okinawa, Loma Linda en Californie et Icaria en Grèce. Le site officiel cite le démographe Luis Rosero Bixby, pour qui la mortalité des habitants de 90 ans de la péninsule est inférieure de 10 % à celle des Costaricains du même âge ailleurs dans le pays. Les facteurs avancés sont assez terre à terre : une vie où l’on marche beaucoup, une alimentation riche en végétaux, en haricots et en maïs, une famille très présente, une foi forte.
Tu remarques ? Aucune formule magique là-dedans.
Le lien avec le pura vida, lui, reste une interprétation. Et si tu rêves d’aller plus loin qu’un voyage, garde la tête froide, comme on le rappelle dans notre article sur les pays où s’expatrier à la retraite : le mode de vie séduit, l’assurance santé se calcule avant.
Comment vivre le pura vida sur place sans tomber dans le cliché ?
Le pura vida ne s’achète pas en option dans un forfait. Il se glisse dans des gestes simples, à condition d’aller là où vivent les Costaricains.
Utilise l’expression, mais au bon moment
Réponds « pura vida » quand on te demande comment tu vas, ou dis-le en partant. C’est naturel et ça fait sourire. Le crier à tout le monde dès la descente d’avion, en revanche, ça sent le touriste qui a lu un seul article. Note les expressions que tu entends dans un carnet de voyage, c’est le meilleur souvenir qu’on puisse ramener d’un pays dont on apprend la langue.
Mange dans une soda
Au Costa Rica, une « soda » n’est pas une boisson. C’est un petit établissement, plus modeste qu’un restaurant, où l’on sert des repas. Le Guide du Routard les décrit comme des cantines améliorées, au décor minimal, fréquentées surtout par les Ticos. Tu y trouveras le gallo pinto, ce mélange de riz et de haricots que les Ticos mangent au petit-déjeuner, et le casado, l’assiette complète avec riz, haricots, crudités et viande ou poisson. Le quotidien tico, c’est là qu’il se passe, bien plus qu’au buffet de l’hôtel.
Choisis tes prestataires avec un vrai filtre
L’ICT délivre le CST, un certificat qui classe les entreprises touristiques selon leurs actions en faveur de la durabilité. Ninon et Steve comparent toujours plusieurs plateformes avant de réserver un hébergement, et au Costa Rica on ajouterait ce critère à la liste. Pour les randonnées et les excursions en forêt, la diplomatie française recommande de passer par un guide agréé par l’ICT et de rester sur les sentiers.
Prends le temps dans la péninsule de Nicoya
Une zone bleue ne se visite pas comme un musée. Il n’y a pas de billet d’entrée ni de circuit officiel. Si tu passes par la péninsule, l’intérêt est de ralentir, de manger local et de croiser la vie des villages, sans transformer les anciens en attraction. Le Costa Rica s’insère d’ailleurs bien dans un voyage plus large en Amérique centrale, et notre guide pour savoir quand partir au Guatemala t’aidera à caler les saisons.
Quelles précautions pour que le pura vida ne tourne pas mal ?
La fiche Conseils aux voyageurs du ministère des Affaires étrangères, elle, ne fait pas dans le pura vida. Tant mieux.
- La mer. Peu de plages sont surveillées, les courants sont dangereux et les noyades sont fréquentes. Ne nage jamais seul.
- La saison des pluies. De mai à novembre, attends-toi à des orages soudains, des inondations, des glissements de terrain et des routes coupées. La dengue circule surtout à cette période, en particulier dans le Guanacaste, à Puntarenas et à Limón.
- Les routes. Elles sont souvent en mauvais état, sinueuses et mal éclairées la nuit. Ton permis français est accepté pour un séjour touristique de 90 jours maximum.
- Les vols. Ils sont en hausse, sur les plages, dans les bus et dans les voitures de location. Laisse ton passeport au coffre et prends les taxis officiels, rouges avec un triangle jaune.
- Les parcs et volcans. Certains secteurs peuvent fermer selon l’activité volcanique. Réserve l’accès aux parcs à l’avance et suis les consignes.
Côté formalités, pas de visa pour un séjour touristique de moins de 180 jours, mais on peut te demander un billet retour, une preuve d’hébergement et des ressources suffisantes. Le vol depuis Paris est long, alors prépare un kit voyage avion qui tient la route.
Bref, le pura vida, c’est un état d’esprit à adopter sur place. Pas une raison de laisser tomber la prudence.
FAQ
Comment répondre quand on te dit « pura vida » ?
Tu peux simplement répondre « pura vida » à ton tour. Si c’est une réponse à « ça va ? », ça veut dire que tout va bien. Si c’est un au revoir, tu le renvoies de la même façon.
Pura vida, c’est une salutation ou une philosophie ?
Officiellement, c’est d’abord une formule familière, avec six sens dans le dictionnaire de la RAE, dont « bonjour », « au revoir », « très bien » et « d’accord ». L’idée d’une philosophie de vie vient de l’usage qu’en font les Costaricains et de la communication touristique du pays.
Le pura vida explique-t-il la longévité de Nicoya ?
Rien ne le prouve. Les facteurs cités par l’office du tourisme costaricien pour la zone bleue de Nicoya sont la marche quotidienne, une alimentation riche en végétaux, la famille et la foi. Le lien avec l’expression reste une interprétation.
Faut-il parler espagnol pour voyager au Costa Rica ?
L’espagnol est la langue du pays, et quelques mots changent vraiment l’accueil, surtout dans les sodas et les petits villages. Apprends au moins les salutations, « gracias » et, évidemment, « pura vida ».
Sources
- The secret of Nicoya’s Blue Zone (Institut costaricien du tourisme, Visit Costa Rica)
- Conseils aux voyageurs : Costa Rica (ministère de l’Europe et des Affaires étrangères)




